Arthabaska Victoriaville-Les débuts (suite)

Capacité de production du moulin

Ce moulin avait une capacité de production remarquable pour l’époque. Pour citer un exemple, on parle des moulins à scie de M. William Russel à Victoriaville (1870-1872) qui achètent le bois que 500 bûcherons coupent dans les forêts de Ham, dans les chantiers de M. Hutchisson d’Arthabaska. On raconte même que le moulin à scie fonctionne jour et nuit. Le journal The Grand Trunk de 1867 parle des moulins de James Tibbits (même moulin, 1865-1870) qui dispose d’une production de bois annuelle importante envoyée par bateau en Angleterre.


LA SORTIE DU CHANTIER-Des bûcherons sortent ici des billots provenant des chantiers de Thomas Kelly. Le mesureur, probablement M. Kelly lui-même, fera le décompte. Les billots seront ensuite déposés sur la rivière Noire et le dégel les acheminera au moulin Kelly situé dans le 7e rang de Somerset de Plessisville. Photo collection Gisèle Kelly, prise en 1908, signée J B Vallée.

Comment à cette époque, où l’électricité n’existait pas, pouvait-on assurer une production annuelle constante, en dépit de la fluctuation des niveaux d’eau de la rivière, qui au début assurait la force motrice des engrenages ? Pour assurer ce très haut niveau de production, déjà les moulins à scie étaient actionnés par des chaudières à vapeur, alimentées par les résidus du bois, et plus tard au diesel.

Achille Gagnon

gagnon (3K) Le moulin à scie fut au cœur de l’initiative de la production industrielle et bâti dans le secteur achalandé de la nouvelle ville qui naissait, Victoriaville. Parmi les propriétaires qui jouent d’influence dans la municipalité, on doit citer Achille Gagnon, qui fut le seul propriétaire local et francophone de ce moulin. Né à Somerset (Plessisville), en 1853, on le connaît d’abord comme maire de Victoriaville de 1881 à 1884. Il achèta en 1883 la tannerie de Phil-Henri Matte qu’il opéra jusqu’en 1903. Il dirigea également, à cette époque, un commerce de pruches, produit connexe à la tannerie.

C’est en 1899 qu’il devint propriétaire du moulin qu’il acquit, suite au décès de Frank Dudley, propriétaire du moment et originaire de Burlington au Vermont.

C’est surtout comme homme d’affaires qu’Achille Gagnon s’est fait connaître à Victoriaville. Vers 1894, il dota la ville d’un service d’aqueduc. Ensuite il mit en place une ligne téléphonique, entre sa tannerie et sa demeure à Arthabaska, avec installation de poteaux dans la ville. En 1897, il pourvoyait à l’installation de la lumière électrique dans les rues des deux municipalités de Victoriaville et Athabaska. Cette initiative fut rendue possible grâce à une petite centrale électrique bâtie près de la chaussée de la rivière Nicolet, qui était actionnée par la vapeur fournie par son moulin à scie. Audacieux, entreprenant, innovateur, toutes ses organisations lui occasionnèrent beaucoup d’ennuis. Les coûts encourus pour l’installation et le maintien du service s’élevèrent rapidement au dessus des revenus et entraînèrent la ruine de ce jeune industriel en 1903.


Première usine électrique et aqueduc d'Achille Gagnon à Victoriaville, avant le feu qui devait la détruire.
Photo L'Union, 19 août 1986, 125 ans accéléré.

Dernière étape du moulin

Le pouvoir électrique est racheté et géré par Arthabaska Water and Power en 1904 et par M. Louis Sénevé Héon jusqu’en 1906. Puis en 1908, la Shawinigan Light & Water Co. accepte d’alimenter le petit réseau local à même sa ligne de transport qui bifurque vers Thetford. La compagnie Arthabaska Water & Power s’affiliera en 1924 avec l’Electrical Service Corporation filiale de la compagnie Shawinigan Water & Power.

Lors de la faillite de M. Achille Gagnon le moulin pour sa part devint possession de David Henry Pennington entre 1910 et 1912, puis de la compagnie The Quebec & St-Maurice Industrial Co. qui procéda à la démolition en 1917.

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