Histoire du meuble (suite)

LA RELANCE ET LA FIN À ARTHABASKA

Après avoir souligné l'importance accordée à la relance de Victoriaville Furniture, nous voulons arrêter notre attention sur une autre entreprise, également menacée de fermeture à quelques reprises, se distinguant par ses nombreuses années d'existence et par l'importance de sa production dans la région, nous nommons Mobilier H.P.L. (division Shermag)

Shermag Avec ses 100 ans d’existence cette année, Mobilier H.P.L. (division Shermag) a réussi à traverser le temps, malgré les périodes de récession et d’inflation du siècle. Fondée en 1904, sous le nom de Eastern Township Manufacturing Co., elle connut aussi des débuts très difficiles. Devenue Eastern Furniture Ltd en 1924, avec J.D. Gagné comme propriétaire, l’usine change de raison sociale pour Mobilier H.P.L. en 1962, après la faillite de ce dernier. L’équipe des nouveaux propriétaires (MM.Habel, Papineau et Lapierre) avait fait ses armes à Victoriaville Furniture.

Ayant longtemps fait partie des entreprises les plus prospères du Canada dans les années 1950, Mobilier H.P.L. est maintenant associée à l'une des plus grosses entreprises de fabrication de meubles au Canada, la compagnie Shermag, depuis 1986. Ce complexe comprend huit usines de production de meubles, une usine de composantes de meubles, trois moulins à scie, une usine de placage, deux usines de rembourrage et un centre de recherche.

Avant la dernière restructuration administrative, Mobilier H.P.L. employait 62 travailleurs. L’usine actuelle embauche 150 personnes. La compagnie est très fière d’avoir réussi à se qualifier pour les normes ISO 9002 en 1996, reflet du bon état d'esprit de l'équipe de travail.

On y produit la collection Héritage, mobilier de chambre de style Louis-Philippe, une production exclusive à Mobilier H.P.L. Ces meubles mettent en valeur le style des meubles ancestraux et sont parfaitement adaptés aux besoins modernes comme les meubles de télévision par exemple.

CONTEXTE ÉCONOMIQUE (1970-1980)

À partir de 1967 le Québec, comme toute l’Amérique du Nord, entre graduellement dans ce que l’on considère comme la pire crise internationale du capitalisme depuis la Dépression des années «30» qui atteint son sommet au début des années «80». La crise se manifeste par une inflation sans précédent sous la forme d’une augmentation des prix de 10% en 1980 et de 12.5% en 1981.

L'économiste Michel Morin fait l'analyse suivante: au cours des années 1974-1975, les salaires dans l’industrie du meuble ont progressé de 18.4% au Canada contre 7.7% aux Etats-Unis. En 1975-1976 cette progression a été de 14.2% au Canada et de 6% aux Etats-Unis. Le salaire minimum atteint $3.25 en 1978 ce qui en fait un des plus élevés en Amérique du Nord. Dans Histoire du Québec contemporin on lit qu'en vingt ans, de 1960 à 1980, la valeur de la production fait un bond de sept à cinquante millions de dollars, chiffres qui sont toutefois gonflés par l’inflation. On signale qu’avec la dévaluation monétaire le dollar canadien ne vaut plus de ¢0.48 en termes de pouvoir d’achat.

L’industrie du meuble perd progressivement du terrain partout au Canada. Sapant la marge de profit des entreprises, l’inflation galopante entraîne une hausse des prix, une chute des ventes et une grande réduction de la productivité. Cette situation entraîne la fermeture de plusieurs entreprises.

Une compétition féroce s’installe contre les importations américaines et étrangères. Le commerce au détail se met à piétiner imputable à l’augmentation générale des prix. Selon le Journal des affaires de novembre 1976, les marchands indépendants perdent 20% de leurs ventes au profit des grandes chaînes de magasins à rayons qui désormais contrôlent 50% des ventes. Propriétés à capitaux étrangers (américains et britaniques) on favorise les achats chez les fabricants étrangers pour s’approvisionner. À partir de ce moment, la marchandise québécoise ne représente plus que 35% à 40% du total des meubles offerts sur le marché.

La crise du pétrole de 1973 provoquant une hausse considérable des coûts de transport cause la perte des marchés de l’ouest qui constituaient 25% à 30% des ventes du Québec. Ces frais pouvaient s’élever jusqu’à 20% du prix de vente au détail.

Considérant les grèves nombreuses survenues dans les usines de fabrication de meubles dans les années 1974-1975, plusieurs manufacturiers n’ont pu répondre à la demande des commerçants. Ce climat économique provoqua une grande insécurité chez les détaillants au niveau de leur source d’approvisionnement et ils se sont tournés vers les manufacturiers américains et étrangers.

Comme signe du temps, les besoins de la population se sont modifiés reléguant à un autre plan ce type de consommation. Comme les habitudes de vie changent, il semble que la popularisation des mariages à l’essai chez les jeunes couples ait une influence sur le choix de leurs meubles. En effet on achète actuellement plus en fonction de l’utilité immédiate, des produits moins chers, sans trop d’égard à leur durée, quitte à mieux s’équiper plus tard, si l’essai s’avère concluant.

DE NOS JOURS

Condo Le nombre des producteurs a proliféré au cours des années. Selon les statistiques du ministère de l'Industrie et du Commerce du Québec, on comptait, dans la province, en 1997, 513 entreprises de fabrication de meubles et articles d'ameublement. On remarque toutefois une diminution significative du nombre de ces usines depuis 1990, s'élevant à ce moment à 937. Actuellement, Montréal et Québec demeurent les plus grands centres de production du meuble au Québec.

Dans la MRC d'Arthabaska, on compte de nos jours 56 entreprises dans ce secteur d'emploi, dont 11 à Victoriaville, embauchant 20 employés et plus. Pour la suite de l'histoire, nous tenons à présenter une liste sommaire de ces 11 entreprises, leur type de production et le nombre d'employés engagés en 2003.

Selon M. Marc Paquin, directeur d'usine chez Mobilier H.P.L. (division Shermag) , le plus grand défi à rencontrer dans ces années-ci, est la compétition avec les produits de la Chine. Dans ce pays on produit désormais des copies de meubles canadiens haut de gamme avec une finition excellente qui les rendent très accessibles et populaires compte tenu de leurs très bas prix.

À cause de la mondialisation des marchés il faut développer de nouvelles stratégies de production pour rivaliser avec ces fabricants. La philosophie des plus grandes entreprises est en train de changer et on souhaite une coalition planifiée entre les entrepreneurs québécois. Cette réorganisation de la production suppose plus de spécialisation dans les opérations de façonnage et de montage des pièces d'ameublement tandis que les tâches relevant plus de la manutention pourraient être préparées en sous-traitance, en collaboration avec d'autres usines.

La solution préconisée pour réduire les coûts de production prévoit la production juste-à-temps, très différente de la production des meubles en série, alors qu'on ne produit que les meubles préalablement vendus, éliminant tout entreposage et risque de non vendus. Ce mode de production demandant plus de polyvalence provoque de la résistance de la part des travailleurs. D'autre part, la sous-traitance emmène des coupures de poste et crée beaucoup d'insécurité financière parmi ces mêmes employés. On peut déduire que la fabrication de meubles traverse actuellement une autre crise sérieuse dont on ignore encore l'issue

Les petites usines fonctionnant davantage selon ce mode de production vont réussir à maintenir le cap. Mais ne retourne-t-on pas à cette époque du travail artisanal? Peut-être! Toutefois la recherche et l'exploitation de machines plus performantes fait actuellement toute la différence.

Histoire du meuble-Sources et références

• Abbé C.-É. Mailhot, Les Bois-Francs, Tome 1 et II
• Caldwel Gary, Recherches sociographiques, Vol XXIV, No. 1, 1983
• Côté Marius, Monographie de la Victoriaville Furniture Ltd, (mémoire de maîtrise en sciences commerce) U. Laval 1953
• CSN-CEQ, Histoire du mouvement ouvrier au Québec, 150 ans de luttes; 1984
• Fleury Alcide, Arthabaska, capitale des Bois-Francs, 1961
• Linteau, Durocher, Robert, Histoire du Québec contemporain, Éd. Boréal Compact, 1989
•Paradis Patrick, L'Évolution des secteurs d'activités (industries, commerces, construction) à Victoriaville, de I960 à 1988;   (mémoire de recherche); Université Laval, Dép. géographie, 1988
• Provencher Jean-Paul, Aux sources des Bois-Francs ; (Le Canton d'Arthabaska; Vol 3 No. 1-3 (1984-1985)
• Raymond Claude, Récit d'une vieille gare, Ed. Claude Raymond, 1997
• Rouillard Jacques, Histoire du syndicalisme québécois, Ed. Boréal, 1989
• Saint-Pierre Denis, Les débuts industriels de Victoriaville, 1853-1906, 2004
• Sales A, La bourgeoisie industrielle au Québec; Presses de l'U de Montréal, 1979
• Société historique industrielle inc, Les Cantons de l'Est; Montréal, 1956
• Thwaites James D. Travail et syndicalisation, 1979
• Trottier Laurent, Étude sur l'influence de l'industrie sur la vie familiale à Victoriaville, Mémoire de baccalauréat.
  Québec, U. Laval, 1945

• Dictionnaire des parlementaires du Québec
• Procès-verbaux de la Ville de Victoriaville

Journaux, cahiers spéciaux et livres de centenaires
• Centenaire d'Arthabaska 1851-1951
• Centenaire de Victoriaville 1861-1961
• L'Écho des Bois-Francs
• L'Union 100 ans, Cahier spécial, 1966 (28 sept et 16 nov.)
• L'Union 110 ans, Cahier spécial, 1866-1976
• L'Union 125 ans, Cahier spécial, 1866-1991
• L'Union des Cantons de l'Est
• Le Devoir, Cahier spécial, 28 août 1954
• Victoriaville 1913
• Victoriaville, 100 ans de vivants souvenirs
• Victoriaville, Arthabaska, Warwick... et les alentours, Ed. La Gazette, 1910

Catalogues de photos de meubles
Pierre Gagné, de Librairie Collectophile, Montréal
Ronald Chabot, Lévis

 

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